Le cerveau adore-t-il vraiment souffrir ?
Pourquoi répétons-nous des pensées, comportements et automatismes qui nous font du mal, même lorsque nous savons qu’ils ne nous conviennent plus ?
Le cerveau aime-t-il vraiment souffrir ?
Vous savez qu’une pensée vous fait du mal… mais vous y revenez.
Vous savez que repenser pour la dixième fois à cette conversation ne changera probablement rien… mais votre esprit continue.
Vous savez que tout contrôler vous épuise… mais dès qu’une incertitude apparaît, vous recommencez à anticiper.
Vous savez même parfois qu’un comportement ne vous convient plus… et pourtant vous le reproduisez.
Alors une question étonnante peut apparaître :
notre cerveau aimerait-il souffrir ?
La réponse est non.
Notre cerveau ne recherche pas volontairement la souffrance. En revanche, il possède une formidable capacité à apprendre, créer des associations, développer des habitudes et automatiser certaines réponses.
Et une réaction apprise peut continuer à se déclencher même lorsqu’elle n’est plus adaptée à notre situation actuelle.
C’est l’une des raisons pour lesquelles il existe parfois une différence considérable entre :
« Je sais que je devrais faire autrement »
et
« J’arrive réellement à faire autrement. »
Pourquoi répétons-nous des comportements qui nous font souffrir ?
Imaginez que vous traversiez un champ d’herbes hautes.
La première fois, vous devez chercher votre chemin, pousser les herbes et faire attention à l’endroit où vous posez les pieds.
Si vous empruntez régulièrement le même passage, un chemin finit par apparaître.
Cette image permet de comprendre simplement comment certains apprentissages peuvent devenir plus faciles à reproduire avec le temps.
Il peut en être ainsi de nombreuses réactions :
- anticiper systématiquement le pire
- ruminer une conversation
- rechercher l’approbation des autres
- vouloir tout contrôler
- se dévaloriser après une erreur
- éviter certaines situations
- vérifier plusieurs fois quelque chose pour se rassurer.
À force d’être répétées et renforcées, certaines réponses deviennent plus automatiques.
Ce qui est automatique aujourd’hui a souvent été appris hier.
Cela ne signifie évidemment pas que toutes nos difficultés viennent de notre enfance ou d’un événement particulier. Notre comportement résulte d’interactions complexes entre nos apprentissages, notre environnement, notre tempérament, notre état physique et psychologique, nos expériences et la situation présente.
Mais notre histoire contribue à construire notre manière de réagir.
Pourquoi savoir ne suffit-il pas toujours à changer ?
C’est une question que beaucoup de personnes se posent :
« Je sais très bien que ça ne sert à rien. Alors pourquoi est-ce que je continue ? »
Prenons la rumination mentale.
Une personne vient de vivre une conversation désagréable.
Elle rentre chez elle et repense à la discussion.
« Pourquoi a-t-il dit ça ? »
Puis :
« J’aurais dû lui répondre ça… »
Puis :
« Et s’il pense que… »
Elle sait parfaitement que refaire mentalement la conversation pendant deux heures ne modifiera pas ce qui s’est passé.
Elle peut même se dire :
« Arrête d’y penser ! »
Et pourtant, dix minutes plus tard, la pensée revient.
Pourquoi ?
Parce que comprendre intellectuellement un mécanisme et avoir développé une nouvelle manière de réagir sont deux choses différentes.
C’est aussi pour cela que les injonctions comme « arrête de penser », « calme-toi » ou « lâche prise » ont leurs limites.
Si changer était uniquement une question de compréhension ou de volonté, nous modifierions probablement nos habitudes dès que nous en comprenons les inconvénients.
Le cerveau cherche-t-il parfois à nous protéger ?
Certains comportements qui deviennent inconfortables peuvent avoir une fonction compréhensible.
Une personne qui anticipe énormément peut chercher à se préparer.
Une personne qui contrôle beaucoup peut essayer de diminuer son sentiment d’incertitude.
Une personne qui repense constamment à ses erreurs peut tenter d’éviter de les reproduire.
Une personne extrêmement attentive aux réactions des autres peut chercher à détecter rapidement un signe de désaccord ou de rejet.
Le problème n’est donc pas nécessairement que notre cerveau « veut nous faire souffrir ».
Il peut simplement continuer à utiliser une réponse apprise ou renforcée, y compris lorsqu’elle devient excessive ou moins adaptée.
Certains mécanismes qui nous font souffrir aujourd’hui ont parfois été, à un autre moment, des tentatives d’adaptation.
Et cela change complètement la manière de considérer le problème.
Au lieu de combattre immédiatement la réaction, nous pouvons commencer par chercher à comprendre sa fonction.
Pourquoi revenons-nous vers ce qui nous est familier ?
On entend parfois :
« Le cerveau préfère toujours ce qu’il connaît à ce qu’il ne connaît pas. »
Cette affirmation est trop absolue.
L’être humain possède également une capacité extraordinaire à rechercher la nouveauté, explorer, apprendre et expérimenter.
En revanche, nos apprentissages passés influencent fortement ce que nous anticipons et la manière dont nous réagissons.
Prenons une personne qui, depuis longtemps, évite les conflits.
Chaque fois qu’elle est en désaccord, elle se tait.
Un jour, elle décide :
« Cette fois, je vais exprimer ce que je pense. »
Au moment de parler, son cœur accélère. Elle ressent une tension. Peut-être même une envie de revenir en arrière.
Cela signifie-t-il nécessairement qu’elle prend une mauvaise décision ?
Non.
Elle expérimente simplement une réponse différente de son fonctionnement habituel.
C’est une distinction essentielle :
l’inconfort du changement n’est pas nécessairement la preuve que nous faisons fausse route.
Il peut parfois accompagner le fait de faire quelque chose de nouveau.
Pourquoi notre cerveau remarque-t-il ce qui confirme nos croyances ?
Notre cerveau reçoit en permanence une quantité considérable d’informations.
Nous ne pouvons pas consciemment accorder la même attention à tout.
Notre attention sélectionne donc certaines informations plutôt que d’autres, et nos attentes, nos préoccupations et nos croyances peuvent influencer cette sélection.
Imaginez que vous soyez convaincu :
« Lorsque je parle, personne ne m’écoute. »
Vous faites une présentation devant dix personnes.
Neuf vous regardent attentivement.
Une seule consulte son téléphone.
Qui risque d’attirer immédiatement votre attention ?
La personne qui regarde son téléphone.
Vous pourriez alors sortir de la réunion en pensant :
« Tu vois ! Les gens ne m’écoutent jamais. »
Alors que neuf personnes étaient attentives.
Ce mécanisme participe parfois à renforcer ce que nous pensions déjà.
Nous ne remarquons pas toujours tout avec la même intensité : nos attentes peuvent orienter notre attention.
Comment commencer à changer un automatisme ?
Avant de chercher à supprimer une réaction, je vous propose trois questions très simples.
- Qu’est-ce que je suis en train de faire automatiquement ?
Essayez simplement d’observer.
Je vérifie.
J’anticipe.
Je rumine.
J’évite.
Je me critique.
Je cherche à contrôler.
Sans immédiatement vous juger.
- À quoi cette réaction essaie-t-elle de me servir ?
Par exemple :
« Je vérifie mon travail trois fois. »
Pourquoi ?
Peut-être pour diminuer le risque d’erreur et me rassurer.
La fonction devient alors plus claire.
- Cette réponse est-elle encore la plus adaptée aujourd’hui ?
Voilà la question essentielle.
La stratégie a peut-être une utilité, mais son intensité n’est peut-être plus nécessaire.
Je pourrais alors conserver l’intention — être consciencieux — tout en expérimentant une autre réponse : vérifier une fois attentivement, puis passer à autre chose.
Changer ne consiste donc pas toujours à combattre l’ancien comportement. Il peut s’agir de développer progressivement une réponse différente.
Quel rapport entre l’hypnose et les automatismes du cerveau ?
C’est précisément là que mon travail d’hypnothérapeute rejoint cette réflexion.
Il m’arrive régulièrement d’entendre en cabinet :
« Je sais que ce n’est pas logique… mais je n’arrive pas à faire autrement. »
Cette phrase est particulièrement intéressante.
L’hypnose ne consiste pas à prendre le contrôle du cerveau d’une personne ni à effacer magiquement une habitude.
Elle utilise notamment des phénomènes liés à l’attention, l’imagination, la suggestion et l’expérience subjective pour permettre à la personne d’explorer d’autres façons de vivre ou de répondre à certaines situations.
Selon la problématique et la personne, cela peut constituer un outil d’accompagnement parmi d’autres.
Et comment l’auto-hypnose peut-elle aider à changer ses habitudes ?
L’auto-hypnose ajoute une dimension qui me paraît essentielle : l’autonomie.
Plutôt que d’attendre systématiquement qu’une personne extérieure vous aide à modifier votre état, vous apprenez progressivement à travailler avec votre propre attention, votre imagination et votre dialogue intérieur.
L’objectif n’est pas de contrôler chacune de vos pensées.
Ce serait d’ailleurs probablement épuisant.
Il s’agit plutôt d’apprendre à reconnaître certains automatismes et à créer davantage de choix dans votre manière d’y répondre.
Imaginez à nouveau notre chemin dans le champ.
L’objectif n’est pas forcément de faire disparaître instantanément l’ancien chemin.
Vous pouvez commencer à en créer un autre.
Au départ, il demande davantage d’attention.
Puis vous l’empruntez une deuxième fois.
Une troisième.
Une dixième.
Et progressivement, cette nouvelle manière de réagir peut devenir plus accessible.
Le changement ne consiste pas toujours à supprimer l’ancien chemin. Il peut aussi consister à en pratiquer suffisamment un nouveau.
Une pensée n’est pas forcément une vérité
C’est probablement l’une des idées les plus importantes à retenir.
Vous pouvez avoir la pensée :
« Je vais échouer. »
Cela ne signifie pas que vous allez échouer.
Vous pouvez ressentir de l’appréhension avant une situation.
Cela ne signifie pas nécessairement que vous devez l’éviter.
Vous pouvez remarquer un ancien automatisme apparaître.
Cela ne signifie pas que vous êtes obligé de le suivre.
En d’autres termes :
Une pensée automatique n’est pas nécessairement une vérité.
Une émotion n’est pas nécessairement une instruction.
Une habitude n’est pas nécessairement votre personnalité.
Et surtout :
Ce qui apparaît automatiquement en vous ne décide pas obligatoirement de ce que vous allez faire ensuite.
Alors, pourquoi le cerveau nous fait-il parfois souffrir ?
La formulation elle-même mérite d’être corrigée.
Notre cerveau ne se réveille pas le matin en décidant de nous faire souffrir.
Il fonctionne à partir d’une multitude de mécanismes biologiques et psychologiques, d’apprentissages, d’associations, d’attentes et d’expériences.
Certaines réponses qui ont été apprises ou renforcées peuvent continuer à apparaître alors qu’elles ne nous sont plus aussi utiles.
La question devient donc moins :
« Pourquoi mon cerveau me fait-il souffrir ? »
et davantage :
« Qu’est-ce que j’ai appris à faire automatiquement, et quelle nouvelle réponse puis-je progressivement développer ? »
Cette différence peut sembler subtile.
Elle est pourtant fondamentale.
Parce qu’elle transforme un combat contre soi-même en une possibilité d’apprentissage.
FAQ — Cerveau, souffrance, automatismes et hypnose
Est-ce que le cerveau aime souffrir ?
Non. Il n’existe pas de raison de considérer que le cerveau rechercherait volontairement la souffrance. En revanche, certaines pensées, habitudes ou réactions apprises peuvent se répéter même lorsqu’elles deviennent désagréables ou inadaptées.
Pourquoi est-ce que je répète toujours les mêmes schémas ?
Plusieurs facteurs peuvent intervenir : apprentissages passés, habitudes, environnement, émotions, croyances, stratégies d’adaptation ou contexte actuel.
La répétition d’un comportement peut également faciliter son déclenchement automatique.
Pourquoi je pense toujours au pire ?
Anticiper les difficultés peut constituer une manière de tenter de se préparer à l’incertitude.
Lorsque cette anticipation devient excessive, elle peut cependant alimenter stress et rumination.
Peut-on changer un automatisme ?
Oui, de nombreux comportements et réponses apprises peuvent évoluer. Cela demande généralement de prendre conscience du mécanisme, d’expérimenter d’autres réponses et de les pratiquer suffisamment pour qu’elles deviennent progressivement plus accessibles.
Quelle différence entre hypnose et auto-hypnose ?
En hypnose, une autre personne — généralement un professionnel — accompagne l’expérience. En auto-hypnose, vous apprenez à utiliser vous-même certains processus hypnotiques afin de travailler notamment sur votre état intérieur, votre attention ou certains objectifs personnels.
Apprendre à travailler avec son cerveau plutôt que contre lui
Depuis plus de 15 ans, j’accompagne des personnes avec différentes formes d’hypnose et j’enseigne également l’auto-hypnose.
Une conviction s’est progressivement renforcée dans ma pratique :
nous avons beaucoup à gagner à apprendre à travailler avec nos mécanismes intérieurs plutôt qu’à passer notre temps à lutter contre eux.
C’est aussi l’objectif de mes formations d’auto-hypnose au Centre Aurora : comprendre, expérimenter et surtout apprendre à utiliser ces outils de manière autonome.
👉 Vous pouvez découvrir la formation de deux jours sur Auto-Hypnose.pro.
Et la prochaine fois qu’un ancien automatisme apparaît, essayez peut-être de remplacer :
« Pourquoi est-ce que je suis encore comme ça ? »
par une question beaucoup plus intéressante :
« Qu’est-ce que mon cerveau a appris à faire… et qu’est-ce que j’aimerais lui apprendre maintenant ? »
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